L’imagination et l’appareil
Il est de bon ton dans des milieux divers –mais dont certains revendiquent le label de gauche- de professer un mépris distingué à
l’égard des « appareils » des partis et des syndicats qui seraient, paraît-il, sclérosés, conservateurs, sans âme et sans génie.
On remarquera d’abord que cette conception rejoint celle du général De Gaulle dont on sait le mépris de fer qu’il a toujours affiché à
l’égard des organisations syndicales et des partis –autres que le sien.
Notons ensuite que l’anathème contre les « appareils » est souvent le propre de ceux qui ont toujours rêvé mais en vain d’en
avoir un à leur disposition : laissés pour compte de la politique, transfuges du parti communiste, clercs sans contact réel avec la vie.
Tous ces gens-là, les uns pour des raisons parfaitement impures, d’autres par simple irresponsabilité, voudraient en fait revenir à la
situation qui existait il y a un siècle dans le mouvement ouvrier. Au nom des droits sacrés de « l’imagination » et de la « spontanéité »ils s’ efforcent de détruire les
organisations que le prolétariat a mises sur pied au prix d’une longue, dure, et parfois sanglante bataille.
C’est Lénine qui remarquait déjà il y a un demi-siècle : « Nier la nécessité du parti et de la discipline du parti… équivaut
à désarmer entièrement le prolétariat au profit de la bourgeoisie. Cela équivaut, précisément, à faire siens ces défauts de la petite-bourgeoisie que sont la dispersion, l’instabilité,
l’inaptitude à la fermeté, à l’union, à l’action conjuguée, défauts qui causeront inévitablement la perte de tout mouvement révolutionnaire du prolétariat, opour peu qu’on les
encourage.*»
En fait ceux qui se réclament de l’imagination créatrice contre la sclérose des appareils refusent au contraire de voir la vie dans sa
diversité et proposent des solutions schématiques ou utopiques sans prise sur le réel.
Découragés par l’ampleur et la complexité des problèmes à résoudre, ils capitulent devant les difficultés, accusent les autres de leur
propre impuissance et se réfugient dans la phrase révolutionnaire.
René Andrieu, in Les communistes et la révolution, éditions 10-18, 1968
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