par Roger Keeran et Thomas Kenny,
En conséquence, certains commentateurs ont laissé entendre que le socialisme Cubain était en difficulté, ou en échec, ou en train de prendre le chemin de l’Union soviétique de Mikhail Gorbatchev.
par Roger Keeran et Thomas Kenny,
11 septembre 2001 : le mythe refondateur de l’impérialisme américain
Le
10ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 donne lieu à un matraquage médiatique impressionnant en France, dans le monde et encore davantage aux Etats-Unis mêmes. La
campagne lacrymogène se permet outrageusement de hisser, au nom de la notion galvaudée du « devoir de mémoire » cet événement au rang des plus grands crimes de l’Humanité.
On en oublierait que la guerre américaine en Irak a tué plus de 100.000 personnes, 35 fois plus que l’attentat qui l’a prétextée, ou que sont morts 3000 immigrants latino-américains en dix ans à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
On comprend l’émotion des familles des victimes, le caractère spectaculaire et symbolique de l’écroulement du Word Trade Center. Mais le plus marquant, depuis dix ans, est son utilisation, ses utilisations politiques, par l’impérialisme américain lui-même.
La dictature du capitalisme a été renforcée sous tous ses aspects.
La campagne contre le « terrorisme », transformée en arme idéologique de destruction massive, a permis d’instaurer un état d’exception et un état de guerre permanents.
Un climat de peur, de haine, de racisme a été instauré pour couper court aux contestations sociales. Des lois liberticides ont trouvé une justification imparable, allant jusqu’à la garde-à-vue de 42 jours en Grande-Bretagne et à la légalisation de la torture aux Etats-Unis (Guantanamo).
La guerre d’agression, en Afghanistan, en Irak, en Libye etc. s’est inventé une fausse légitimité contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’impérialisme américain, embrigadant à l’occasion davantage l’européen dans l’OTAN, a réaffirmé sa domination, notamment sur les zones pétrolières du monde.
Les grandes multinationales ont profité à plein de ce nouveau court à commencer par le lobby militaro-industriel. 1500 milliards d’euros : voilà ce que lui a rapporté la guerre d’Irak, une guerre largement « privatisée », enfonçant d’autant l’Etat US dans une dette publique d’un niveau inédit et permettant de nouvelles coupes dans les droits sociaux des travailleurs américains.
La commémoration mondiale du 11 septembre, orchestrée par l’impérialisme américain, montre qu’il assume cette période spéciale, qu’il entend la prolonger. Mais sans doute pas suivant les mêmes prétextes idéologiques.
L’élection d’Obama a été présentée comme un début d’évolution. L’armée américaine s’est débarrassée (sans dépouille) au bout de dix ans de son ancien allié Ben Laden, qui servait de catalyseur de la haine. Dans le monde arabe, devant les mouvements populaires, l’impérialisme a lâché quelques dictateurs pour mieux installer des régimes plus adaptés à la poursuite de sa domination. En Libye, les Etats-Unis ne se sont pas montrés en première ligne.
L’impérialisme doit tenir compte du développement de la lutte des classes mondiale en pleine phase de crise du capitalisme.
Mais on aurait bien tort de voir un changement d’objectif. Le soutien sans faille que les USA s’apprêtent à confirmer à Israël contre la fondation d’un Etat palestinien en est un signe. Les agressions impérialistes contre tout mouvement émancipateur, notamment en Amérique latine (Cuba, Bolivie, Equateur, Venezuela…) se renouvellent. Les guerres impérialistes continuent, s’étendent même, comme la course aux armements.
Le gouvernement français, dans une politique extérieure et militaire européenne plus intégrée encore avec le Traité de Lisbonne, s’inscrit encore plus étroitement en 2011 qu’en 2001 dans la stratégie de l’impérialisme américain. En 2001, le gouvernement de la « gauche plurielle » obéissait et suivait en supplétif l’armée américaine en Afghanistan. En 2009, Sarkozy opére l’acte gravement symbolique de retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. En 2011, pour le compte de l’OTAN et pour les intérêts impérialistes propres à l’UE et à la France, l’armée française intervient en première ligne en Libye.
En France, comme ailleurs, malgré le battage médiatique, l’opposition monte contre cette politique impérialiste.
Elle peut converger vers dans campagnes de masse :
- pour le retrait immédiat des troupes françaises d’Afghanistan (75 morts français, combien d’Afghans ?) et des autres « opérations extérieures », contre le « droit » d’ingérence et le respect des souverainetés nationales
- pour l’abaissement des dépenses militaires (1,2 milliards d’euros officiellement par an pour ces interventions, l’équivalent de 40.000 postes d’enseignants !), l’abandon unilatéral du nucléaire militaire français.
- pour la reconnaissance de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967
- pour des coopérations nouvelles avec les Etats du pourtour méditerranéen, notamment l’annulation d’une partie des dettes contractées par les dictateurs déchus.
- pour la sortie de la France de l’OTAN et de la politique extérieure et militaire intégrée de l’UE.
Notre message pour ce 11 septembre : solidarité avec les travailleurs et le peuple américains comme avec tous les peuples, rejet de l’impérialisme !
Libye : bientôt le nouveau partage du gâteau pétrolier
EDT - 22 août 2011
La guerre civile entre le pouvoir kadhafiste et une « rébellion » hétéroclite, composée de tribus rivales et d’anciens bras droits du dictateur, aura duré six longs mois de combats équilibrés. L’intervention militaire intense de la coalition internationale emmenée par les membres européens de l’OTAN, au premier chef la France et les puissances de l’UE, avec la participation de monarchies absolutistes du Golfe, aura été décisive.
Il faudra attendre certainement des années pour connaître le sinistre bilan humain de cette guerre.
On comprend le soulagement des populations de voir ce cauchemar s’achever. Nous sommes les premiers à ne pas regretter la fin de cette dictature. Mais la nature même de la guerre ne laisse rien présager de bon.
Les puissances impérialistes, qui hier encore accueillaient Kadhafi en grande pompe, ne sont intervenues que pour obtenir un régime plus accommodant pour leurs intérêts économiques et notamment pétroliers. Voilà une attente que le « Conseil national de transition » ne décevra pas.
Les cours en bourse des trusts pétroliers ENI (Italie), OMV (Autriche) et Total ou GDF-Suez (France) se sont envolés sur les places
européennes. Le symbole est parlant. Chaque belligérant compte profiter de la nouvelle répartition du gâteau pour ses compagnies, pour le pétrole, les infrastructures, la reconstruction.
Les dictatures du Golfe, le Qatar et les Emirats arabes ne sont pas les dernières à revendiquer leur part. Dans l’écrasement de la rébellion barheinie, ces « alliés de la démocratie » ont bien cautionné la répression de l’Arabie Saoudite.
Les espoirs de certaines composantes du peuple libyen en termes de droits démocratiques sont bien précaires. L’amalgame d’éléments réactionnaires, royalistes, islamistes et surtout ex-Kadhafistes, également affairistes et maffieux, que constitue le CNT, de plus dépendant de l’étranger, n’aura pas cela comme priorité.
Une catégorie est en outre totalement occultée en Libye, dans ce pays dont la population, peu nombreuse, vit de la rente pétrolière : les travailleurs immigrés des pays arabes ou africains qui composent plus de la moitié de la classe ouvrière. Ils ont été ballotés sous les bombes, dans les ports et aux frontières. Ils vont pouvoir revenir sous une exploitation au moins égale, sinon accrue.
L’intervention française, menée par Sarkozy et Bernard Henri-Lévy, avec le soutien de la quasi-totalité des forces au Parlement (Hollande, Aubry, Joly…) aura coûté des centaines de millions d’euros au peuple français, pour semer la guerre et la mort. Elle aura profité aux actionnaires de Total.
Il n’y a pas d’ingérence « humanitaire » d’une puissance capitaliste, il ne peut y avoir qu’une agression impérialiste.
Communistes*, nous aurons été parmi les seuls à condamner cette intervention, à contre courant de la propagande de l’idéologie dominante.
Nous continuerons.
*PS : Jean-Luc Mélenchon, pour sa part, a soutenu au Parlement européen le principe d’une intervention militaire et nié, contre l’évidence, son objectif impérialiste pétrolier. Ensuite, il a condamné l’intervention, seulement parce qu’elle était menée par l’OTAN. Ses positions, fluctuantes, opportunistes, n’engagent pas les communistes.
Oussama Ben Laden est mort : l’injustice de l’ordre impérialiste persiste !
Oussama Ben Laden est mort. Nous ne regretterons pas le propagandiste de l’obscurantisme, de la haine, du crime terroriste.
Mais la disparition de l’ancien agent de la CIA dans la guerre antisoviétique ne règle rien. Non, justice n’est pas faite, contrairement à ce que prétend le nouveau visage de l’impérialisme américain, Barak Obama.
Quelle conception « civilisée » de la justice est-ce déjà que d’assassiner un assassin, en évitant soigneusement toute autre forme de procès !
Justice ? L’impérialisme, avec l’impérialisme américain toujours en tête, fait plus que jamais régner un ordre mondial basé sur l’exploitation, la domination, la guerre, toutes ces formes de terreur contre les peuples.
Les attentats du 11 septembre 2001 ont servi à justifier la guerre, depuis 10 ans, en Afghanistan, l’anéantissement de l’Irak, le recours à la force étendu partout dans le monde.
Le lobby militaro-industriel américain a réussi à faire passer les dépenses militaires de 305 à 750 milliards de dollars de 2001 à 2011. Quelle belle croissance économique ! Que de profits !
L’injustice, la négation du droit des peuples persistent et s’aggravent, notamment pour le malheur du peuple palestinien, toujours à l’épicentre des tensions impérialistes.
L’élimination de Ben Laden permettra-t-il aux Etats-Unis de se sortir du bourbier afghan, en arrivant faire passer un accord avec les Talibans ? Rien n’est moins sûr.
Ici comme ailleurs, la préoccupation de l’impérialisme est la défense et la consolidation des intérêts des multinationales.
En Tunisie, en Egypte, au Yémen, au Bahreïn, des révoltes sociales ont commencé à changer la donne. L’impérialisme s’efforce, pour l’instant avec succès, de maintenir l’ordre capitaliste quitte à changer d’équipe dirigeante.
En Libye, il compte y gagner en pétrole en remplaçant un dictateur récalcitrant par des fantoches plus dociles.
Mais rien n’y fait. Même dépourvus d’organisations révolutionnaires, les peuples arabes indiquent à nouveau aux peuples du monde une voie : celle de l’émancipation sociale, de la révolution.
A mille lieues du terrorisme impérialiste et de son fils le terroriste Ben Laden.
Voilà qui vaut aussi pour le peuple français.
Continuons à nous battre pour le retrait des troupes françaises d’Afghanistan, pour l’arrêt de la guerre française en Libye et en Côte d’Ivoire, pour la sortie de la France de l’OTAN !
Continuons à nous battre pour la libération de notre peuple de l’impérialisme et du capitalisme, d’où qu’ils viennent !
Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont décidé de faire intervenir les forces militaires françaises contre la Libye. Le Parlement ne sera consulté, après coup, que le 22 mars.
Avec gravité, communistes, nous condamnons ces actes de guerre, lourds de périls pour le peuple libyen, pour notre pays, pour la paix en Méditerranée et dans le monde.
Nous ne rentrerons pas dans le consensus des partis dominants de droite et de « gauche » qui acceptent de faire de notre pays le valet de l’OTAN et de l’UE, de l’impérialisme américano-européen.
Les travailleurs et les peuples de plusieurs pays du monde arabe se soulèvent contre les dictatures, pour la justice sociale.
Voilà comment les gouvernements des Etats-Unis, des pays de l’UE et de la France réagissent :
- En Tunisie, la ministre française des affaires étrangères proposait en janvier d’envoyer des forces de sécurité pour aider « notre ami Ben Ali » à maintenir l’ordre.
- En Egypte, prenant les devants, le gouvernement américain a fait évincer « notre ami Moubarak » (déplacé dans une de ses résidences secondaires) pour mieux maintenir le contrôle de l’armée et des possédants sur le pays.
- Au Barheïn, le roi tire sur les révoltés. L’armée du régime le plus obscurantiste de la région, l’Arabie Saoudite de « nos amis les rois du pétrole », envahit le petit pays. Les occidentaux se contentent d’exprimer une inquiétude.
- Au Yémen, « notre ami le président Saleh » fait tirer sur la foule depuis des semaines : les Etats-Unis observent et cherchent une équipe de remplacement.
Y-a-t-il quelque chose de différent dans les motivations occidentales pour intervenir en Libye ? Absolument pas ! Les mêmes intérêts exactement sont à l’œuvre. Que ceux qui dépliaient le tapis rouge pour vendre des Rafales à Kadhafi, il y a quelques mois encore, ne nous jouent pas la partition de la solidarité entre les peuples !
La différence en Libye, c’est qu’il y a beaucoup de pétrole, que c'est un pays peu peuplé, dont la population active est composée à 50% de travailleurs immigrés surexploités, exclus de la rente pétrolière.
Ces derniers jours, le gouvernement américain a hésité. Peut-on continuer à s’arranger comme avant avec Kadhafi ou bien, l’opportunité existe-t-elle de démembrer le pays, de traiter avec des partenaires plus faibles et accommodants pour les intérêts des multinationales ?
Sarkozy s’est empressé de reconnaître le « Conseil transitoire », composé d’anciens ministres de Kadhafi, de représentants de divers clans, dont les monarchistes.
Visiblement, l’impérialisme américain a fini par opter pour la deuxième solution. Mais il a pris la précaution de laisser le soin d’agir à ses satellites britanniques et français (Sarkozy a réintégré notre pays dans le commandement militaire de l’OTAN !). Peut-être faut-il aussi préserver l’image d’Obama.
Souvenons-nous ! On n’a jamais retrouvé les armes de destruction massive au nom desquelles l’OTAN (sans la France alors !) a envahi l’Irak. Bush prétendait délivrer l’Irak de son dictateur mais se promettait en même temps de « renvoyer ce pays au Moyen-âge ». C’est fait !
Le peuple libyen, ses aspirations démocratiques, n’ont rien à gagner des frappes aériennes occidentales. Elles menacent de faire rentrer la Méditerranée, le monde arabe dans un dangereux et incontrôlable engrenage guerrier.
L’alignement sur l’impérialisme américain a déjà coûté la vie à 54 soldats français en Afghanistan où l’opération militaire grève le budget français de 700 millions d’euros par an.
Communistes, nous recherchons les moyens les plus efficaces de mobilisation pour exprimer notre refus de l’intervention militaire française en Libye.
Pas un sou, pas un homme, pas un avion pour la guerre impérialiste !
Le nombre de pertes humaines atteint sans doute plus de dix mille victimes, des blessés en plus grand nombre encore, des milliers de maisons, d’entreprises et d’infrastructures détruites, un train entier disparu, et une petite ville de 10 000 habitants dont on est pratiquement encore aujourd’hui sans nouvelles car inaccessible aux équipes de secours.
Face à un tel drame humain, l’heure est d’abord à la solidarité. Celle des communistes français s’exprime avec la plus vive détermination. Nous vivons heure par heure l’évolution et nous sommes admiratifs face à l’attitude courageuse et responsable de peuple japonais. Une des toutes premières urgences est de porter secours aux populations, sauver les vies humaines, les protéger et les soigner. Nous nous félicitons que la solidarité internationale s’organise et que la France y contribue avec ses équipes spécialisées. Pour ce qui nous concerne nous entrons en contact avec les organisations progressistes japonaises notamment le Parti communistes japonais.
Il est encore impossible de mesurer l’ampleur des destructions environnementales produites par le tremblement de terre puis le tsunami. La vague de plus de 6m de haut a ravagé toutes les installations industrielles provoquant des incendies dans les raffineries. On ne peut mesurer l’étendue de pollutions de toutes sortes sur les écosystèmes côtiers et à l’intérieur des terres. On apprend qu’un volcan éteint depuis des décennies vient de se réactiver sans connaître ses effets sur les populations situées à proximité.
Enfin les graves accidents nucléaires qui se déroulent actuellement dans les centrales de Fukuschima Daiichi, Fukushima Daini voire maintenant de Onagawa renforcent notre inquiétude et nous font craindre un accident nucléaire s’ajoutant au cataclysme naturel. Les autorités japonaises comme internationales (AIEA) estiment la situation très grave et craignent une catastrophe possible de très grande ampleur.
Le Parti Communiste Français prend très au sérieux cette situation et reste attentif aux différentes informations de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) sur la situation des centrales nucléaires japonaises dont la technologie BWR utilisée est différente de la technologie française. Les autorités japonaises doivent en tout état de cause faire preuve de toute la transparence utile et nécessaire quant à l’évolution de la situation dans ses centrales.
Le PCF mesure l’inquiétude qui s’exprime au sein de la population française relative au nucléaire. C’est pourquoi nous demandons qu’un important dispositif d’information au public soit mis en place. Avec nos parlementaires, nous demandons l’audition publique et immédiate par les commissions ad hoc du Parlement de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) sur la situation. Dans la foulée pourrait être créée une commission d’information ou d’enquête parlementaire afin d’évaluer en lien avec tous les organismes chargés de la sureté nucléaire compétents les risques éventuels que pourraient présenter les installations françaises. Leurs conclusions devront être rendues publiques afin qu’un véritable débat puisse se développer à partir d’informations précises. En effet bien des prises de positions actuelles nous semblent pour le moins prématurées.
Le PCF réaffirme l’importance qu’il attache aux études de sûreté nucléaire et au contrôle stricte de celle-ci, en France et dans le monde. L’acceptabilité sociale de la filière nucléaire nécessite que celle-ci reste plus que jamais dans le domaine public qui doit garantir la transparence, l’indépendance de l’expertise, la qualité de réalisation des installations et de leur exploitation. Les salariés qui travaillent dans le domaine y compris les sous traitants doivent avoir des garanties sociales de haut niveau.
La France et son industrie nucléaire devront tenir compte des conclusions produites notamment par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui précisera les causes de ses accidents. Ils devront en retirer les enseignements susceptibles d’éclairer les conditions d’exploitation de la filière nucléaire dans notre pays.
Parti communiste français
Paris, le 13 mars 2011.
Le « gadget » de l'initiative citoyenne européenne (ICE): une duperie éhontée pour masquer la remise en cause par l'Union européenne de la souveraineté populaire et nationale
Par Steve McGiffen pour le Morning Star, quotidien du PC de Grande-Bretagne
Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
cf l'article sur le jeu de dupes de l'ICE joué par le PGE: Proposition d’« Initiative citoyenne européenne » : le PGE fait la promotion de l’UE de Lisbonne ! Inacceptable pour le PCF !
Pour ses partisans, le Traité de Lisbonne aurait étendu la démocratie au sein de l'Union européenne, aidé à réduire le déficit démocratique et redonné aux peuples d'Europe leur pouvoir.
Un des éléments sur lequel repose leur affirmation est la soi-disant Initiative citoyenne européenne(ICE), selon quoi une pétition rassemblant un million de signatures représente un appel lancé à la Commission européenne, officiellement reconnu, avançant de nouvelles propositions politiques.
Ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant que la Commission exagère la contribution que l'ICE pourrait apporter à la démocratisation de l'Union européenne, mais le fait que, encore une fois, elle démontre que les décideurs européens, tout comme leurs homologues au plan national, n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la démocratie.
Pire encore, ils sont loin d'être les seuls dans ce cas, ce qui explique pourquoi ils peuvent s'en tirer tout de même.
Même ceux qui sont d'ordinaires critiques envers l'UE ont accueilli l'ICE comme un pas dans la bonne direction.
En fait, c'est précisément le contraire.
L'article 11 paragraphe 4 du traité stipule: « Des citoyens de l'Union, au nombre d'un million au moins, ressortissants d'un nombre significatif d'États membres, peuvent prendre l'initiative d'inviter la Commission européenne, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu'un acte juridique de l'Union est nécessaire aux fins de l'application des traités. »
Le « nombre significatif » a désormais été défini comme le quart du total, ce qui signifie, si les choses restent en l'état, sept Etats membres.
Un certain nombre d'autres détails ont également été fixés.
Le droit de présenter une pétition ne devrait pas entrer en vigueur avant 2012.
Les organisateurs doivent être un « comité citoyen » consistant en un minimum de sept citoyens résidant dans sept Etats-membres différents et ils doivent collecter leurs signatures en une seule année.
Ces signatures doivent également venir d'au moins sept Etats-membres, avec un seuil minimum pour chacun d'entre eux de 750 fois le nombre de députés attribués à ce pays.
Pour le Royaume-Uni, cela reviendrait à 5 400 personnes.
La commission a ensuite trois mois pour décider comment répondre.
Les seuls motifs justifiant une ICE, cependant, sont ceux où une nouvelle loi est nécessaire « aux fins de l'application des traités ».
Pas question donc de changer ces traités.
Seules les questions sur lesquelles la Commission est en capacité d'agir – « compétence » dans le jargon de l'UE – peuvent être traitées.
Ainsi, par exemple, les grotesques gaspillages d'argent qu'implique le déplacement de l'ensemble du Parlement européen de Bruxelles à Strasbourg une fois par mois ne peuvent pas faire l'objet d'une ICE.
Tout comme le fait que les employés de nombreuses institutions de l'UE reçoivent des salaires et des avantages sociaux qui, s'ils s'appliquaient à toute autre personne, seraient perçus comme des « atteintes à la compétitivité ».
Vous pouvez imaginer monter une ICE sur, disons, la discrimination envers les travailleurs immigrés venant de pays non-adhérents de l'UE mais aucun des bénéficiaires potentiels de votre initiative ne serait capable de la signer puisqu'aucune signature venant de quelqu'un n'étant pas ressortissant d'un Etat-membre n'est valide
La Commission a, de plus, aucune obligation de faire une quelconque proposition en réponse à une ICE.
Officiellement, elle s'engage seulement à examiner le texte pour voir si une nouvelle proposition politique serait appropriée.
Toute pétition estimée par la commission « pas sérieuse, abusive ou vexatoire » sera jugée non-recevable.
La Commission aura le droit, également, de rejeter toute ICE jugée comme étant « contre les valeurs de l'Union ».
Bien que cela exclut les racistes, on ne dit pas qui encore pourrait être sous le coup de la définition de la Commission d' « extrémiste », terme utilisé dans ce contexte dans les notes explicitant le nouveau système.
Admettons que, malgré de tout cela, quelqu'un lisant cela décide qu'avec tous ces défauts, cela pourrait valoir le coup d'essayer de monter une ICE sur, disons, certaines formes de discrimination de genre à l'emploi.
Pour une grande partie, les initiatives dans ce domaine pourraient vraisemblablement rentrer dans les termes du Traité puisque Lisbonne parle d' « assurer l'égalité pleine en pratique entre hommes et femmes dans la vie professionnelle » et la Commission a la responsabilité de faire respecter les traités.
Néanmoins, des obstacles demeurent sur la voie de votre ICE.
Votre pétition n'ira pas directement à la commission mais à vos autorités nationales qui pourront déterminer si, oui ou non, vos signatures sont valides.
Si vous voulez obtenir des soutiens dans les sept pays requis, vous aurez à traduire votre texte dans les langues de ces pays.
Bien sûr, certains militants pourraient être disposés à faire cela gratuitement, mais il sera d'une importance vitale de s'assurer que les sept textes voire plus correspondent précisément.
La Commission, vous pouvez en être sûr, sera à la recherche de n'importe quelle excuse pour mettre à la poubelle votre ICE.
Une fois que vous êtes passé à travers tous ces cerceaux, la Commission aura trois mois pour vous répondre.
Elle invitera les organisateurs à discuter de la question et une audience publique sera organisée au Parlement européen bien que l'on ait pas encore décidé si elle accordera un remboursement des dépenses.
Comme je l'ai dit au début, c'est un processus consultatif et qui n'a donc rien à voir avec la démocratie, qui est un système où le peuple a le droit de déterminer comment il est gouverné, et non d'être consulté à ce sujet.
Dans les temps pré-démocratiques, ceux qui n'avaient pas de droits politiques, généralement, les pauvres, les femmes, les Juifs et autres minorités ethniques, avaient normalement le droit de pétition au Roi en vue d'une réparation des torts.
Occasionnellement, dans sa grande sagesse et générosité, le Roi accédait à leur requête.
La véritable démocratie implique la création de puissantes institutions défendant la volonté populaire.
L'Union européenne a sapé les pouvoirs des institutions élues les transférant à des corps non-élus tels que la Commission et la Banque centrale européenne.
Le Traité de Lisbonne même a été imposé aux peuples d'Europe
Loin d'être démocratique, il accroît le pouvoir des technocrates, des bureaucrates et des grandes entreprises au détriment des parlements et des gouvernements élus.
Le gadget de l'Initiative citoyenne européenne ne fait absolument rien pour réparer cela.
Le camp des PS du monde ? Le Parti national-démocrate de Moubarak toujours membre de l’Internationale socialiste…
Les partis socio-démocrates ne tiennent pas les mêmes positions selon qu’ils sont au pouvoir ou non. Ce n’est pas une découverte. Les grandes luttes actuelles des peuples tunisiens et égyptiens viennent éclairer cette contradiction fondamentale.
Le groupe social-démocrate au Parlement européen s’est illustré en faisant bloc, lors de la dernière séance plénière (17 au 19 janvier 2011), avec le Parti populaire européen (droite) pour qu’aucune résolution sur la Tunisie ne soit adoptée, ni même simplement examinée. Le prétexte : il faut attendre que la situation « se stabilise » pour « avoir les idées claires ». C’est comme cela que Sarkozy a cherché à excuser son soutien tacite à Ben Ali.
Les déclarations ultérieures, après coup, venant notamment du PS français, en faveur de la démocratie en Tunisie n’y changent rien. Le mal est fait. Les socialistes français ne se sont pas désolidarisés de leurs camarades. A la tête du FMI, Strauss-Kahn avait d’ailleurs félicité Ben Ali en 2008 pour sa réussite économique…
Au passage, c’est un signe de plus qu’il n’y a rien à attendre d’un Parlement européen dont les députés ne sont pas responsables devant leur peuple.
Le même jour, le 19 janvier 2011, on apprend que l’Internationale socialiste (IS), qui réunit les PS du monde, dont Pierre Mauroy est président honoraire, a exclu de ses rangs, du jour au lendemain, le Rassemblement constitutionnel démocratique, RCD, le parti de Ben Ali.
Il était temps de se rendre de son « incompatibilité avec les objectifs fondamentaux de l’IS » !
Le Parti national démocratique égyptien, le parti de Moubarak, en est toujours membre. Dépêchez-vous de l’exclure, amis socialistes ! Sinon ça va se savoir !
Solidarité avec le peuple tunisien
Avec la fuite du dictateur, tout ne fait que commencer.
Les Tunisiens viennent de montrer que les peuples peuvent prendre leur destin en main. Ils viennent de mettre en fuite le « président » Ben Ali dont la dictature durait depuis 23 ans. Ils l’ont payé chèrement, notamment la jeunesse, au prix de dizaines de morts tombés sous les balles de l’appareil répressif.
Maintenant tout reste à faire.
La révolte s’est développée sur la base d’une situation de gâchis économique et de profonde injustice sociale. Le taux de chômage réel s’élève à 30%. La corruption et les accapareurs, dont Ben Ali était la couverture, détournent la plus grande partie des richesses du pays. La privatisation de plus de 200 sociétés nationales depuis 2008 leur a largement profité tout en affaiblissant le pays. La concentration des activités économiques sur des activités exportatrices et le tourisme de masse ne répond pas aux besoins de développement du pays et le rend vulnérable et dépendant des marchés internationaux. Les acquis de l’indépendance, notamment en matière d’éducation et de laïcité sont fragilisés.
Le dictateur déchu, tout reste à faire pour des changements politiques qui permettent ces changements économiques structurels. Pour l’instant, la même équipe, conduite par son fidèle premier ministre reste aux commandes. Elle a les moyens de multiplier les provocations pour essayer de faire dégénérer la situation.
Depuis des années, la répression écrase toute contestation populaire. Elle s’abat en premier sur les progressistes et notamment les communistes.
Les responsables des crimes d’Etat récents et plus anciens doivent être poursuivis. C’est une première exigence des progressistes tunisiens pour commencer à démanteler l’appareil policier, avec l’abrogation des lois liberticides.
Les affaires de corruption, de pots de vin, d’enrichissement illicite doivent donner lieu à des enquêtes et des condamnations dans la transparence et à réparation des préjudices de la collectivité.
L’organisation d’élections non truquées est l’autre priorité.
La poursuite de la mobilisation des travailleurs et de l’ensemble du peuple tunisien peut permettre de mettre le pays sur la voie du progrès démocratique et social.
Français, de multiples liens nous unissent au peuple tunisien. Dans cette période sensible, il a besoin de toute notre solidarité.
La position des gouvernants français est inacceptable.
Si prompts à dénoncer des résultats électoraux dans certains pays (ex : Côte d’Ivoire) à se réclamer des « Droits de l’Homme », ils sont indifférents à la fraude massive avérée depuis des décennies en Tunisie, aux arrestations arbitraires, etc.
Depuis le début de la révolte populaire, ils manifestent une complaisance pour le régime, alors même qu’un ressortissant français a été tué par la police de Ben Ali.
La ministre des affaires étrangères Alliot-Marie a dépassé toutes les limites du cynisme, le 11 janvier dernier, en réponse à une question d’un député communiste à l’Assemblée nationale. Elle a « proposé » « que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type » et « aux deux pays [Tunisie et Algérie] de permettre, dans le cadre de la coopération, d’agir dans ce sens, afin que le droit de manifester soit assuré de même que la sécurité ».
Il y a deux ans, un certain Dominique Strauss-Kahn avait salué la politique de privatisation et de soumission totale au marché capitaliste mondialisé du pouvoir tunisien.
Vraiment, la situation en Tunisie nous regarde !
Communistes français, en contact avec nos camarades tunisiens, nous ferons tout ce qui nous est possible pour informer, pour renforcer le soutien avec le mouvement populaire démocratique tunisien. Le gouvernement français, la ministre des affaires étrangères doivent revoir entièrement leur position.
Non à la coopération des patronats et des gouvernements pour exploiter et réprimer ! Oui à la coopération des peuples pour le développement !
Amitié franco-tunisienne !
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