Avec 40% de grévistes parmi les conducteurs et les contrôleurs, les cheminots font la
démonstration de leur capacité de mobilisation contre la politique de privatisation rampante de leur service public. Nous reproduisons ci-dessous le tract de la CGT en direction des usagers. Il
explique les vrais enjeux de cette bataille, masqués par la propagande officielle. La mobilisation est particulièrement élevée à Paris-Montparnasse, ce que Dominique Launay, secrétaire du secteur
Paris – Rive Gauche (Austerlitz – Montparnasse) explique dans une interview au Parisien que nous reproduisons aussi.
Cette démonstration de force constitue un point d’appui important, dans l’une des plus grandes
et plus structurantes entreprises de service public, pour les luttes à venir, notamment contre la nouvelle étape du démantèlement du système de retraite par
répartition.
Le 20 avril, le premier mai sont les prochaines dates. Elles seront décisives
dans la construction de la convergence des luttes auquelle les cheminots participent au premier plan.
USAGERS, SALARIES, CITOYENS, CE QUE NE VOUS DIRONT PAS LES MEDIAS !
Dans quelques jours, si dans le cadre du dialogue social, les orientations du Gouvernement et de la Direction SNCF
ne s’inversent pas quant à l’avenir du Service public ferroviaire, les cheminots pourront envisager de s’engager dans un mouvement social de grève à caractère national.
En effet, il y a urgence à faire entendre d’autres choix de développement pour la SNCF afin d’améliorer la qualité et
l’efficacité du Service Public, de répondre aux défis environnementaux, aux enjeux d’aménagement du territoire, aux besoins de la Nation en matière de transport et de stopper les suppressions
massives d’emploi qui impactent vos conditions de transport et les conditions de vie et de travail des cheminots.
Vous êtes usagers de la SNCF, salariés, citoyens, vous êtes donc concernés à plusieurs titres par les décisions
politiques qui impactent le service public ferroviaire.
Parce que la SNCF appartient à la Nation, les mobilisations sociales des cheminots, à l’appel de la CGT, relèvent de
l’intérêt général.
Explications …
Concerné par l’avenir de la SNCF, car usager !
Alors que toutes expériences d’ouverture à la concurrence des services publics tels l’eau, l’énergie, les
télécommunications,… ont eu des effets néfastes pour les consommateurs, et pour toute la société en général, répondant aux injonctions de Bruxelles et du Gouvernement français, la direction SNCF
entraîne l’entreprise publique sur les voies de la privatisation.
En supprimant près de 22 000 emplois en 7 ans, en réalisant 80% de productivité en 20 ans et en se structurant à
l’instar des grands groupes privés, la SNCF se transforme, avec comme seul objectif : la rentabilité financière.
Les usagers deviennent des clients, les tarifs augmentent, la qualité du service se dégrade, les trains deviennent des
produits commerciaux, les gares « non rentables » ne sont plus desservies, … c’est le monde « moderne » de la libéralisation.
Dans ce cadre, l’égalité de traitement, l’accès pour tous, le maillage territorial, la sécurité des circulations et la
réponse aux besoins sont une entrave aux objectifs purement comptables des dirigeants de la SNCF.
La CGT n’entend pas se résoudre à la
dissolution du Service Public dans les lois du marché. Nous sommes là, bel et bien face à un choix de société !
Concerné par l’avenir de la SNCF car salarié !
Au nom de la concurrence, de la compétitivité, de la rentabilité, des dogmes de la technostructure, tout est prétexte
pour abaisser les conditions sociales des cheminots.
Contrairement aux idées préconçues, le salaire minimum à la SNCF est à peine 20 € au dessus du SMIC.
Cette situation dégrade les conditions de vie et de travail des cheminots mais c’est aussi une mauvaise nouvelle pour
les salariés en général.
Le statut social des cheminots est justifié par les contraintes et les sujétions d’un service public fonctionnant
24h/24, 7j/7 et 365 jours/an en tout point du territoire.
Il est, de plus, un gage d’indépendance dans l’application des règles de sécurité, d’égalité de traitement,...
Souvent stigmatisé par les adversaires du service public, il offre pourtant un point d’appui non négligeable pour
l’ensemble du salariat.
Ainsi, en abaissant les garanties sociales des cheminots, ce sont bien les conditions de vie et de travail de tous les
salariés qui sont tirées vers le bas !
Les vrais privilégiés ne sont-ils pas du côté de ceux qui touchent 100 à 200 années de SMIC par mois et des retraites «
chapeau » de 13 millions d’Euros (PDG de Veolia) ?
Les revendications sociales des cheminots sont légitimes et la CGT n’entend pas se résoudre à l’austérité et à la
régression sociale.
Concerné par l’avenir de la SNCF car citoyen !
Dans un contexte où les questions environnementales sont au coeur des préoccupations et alors que des engagements ont
été pris dans le cadre du “Grenelle de l’Environnement”, la Direction SNCF et le Gouvernement font le choix catastrophique de sacrifier la part du ferroviaire dans les transports de marchandises.
Pire, ils se servent de la SNCF comme banque pour financer le développement des filiales routières FRET du groupe GEODIS.
Ainsi, le plan Fret SNCF se fixe comme objectif de réduire les trafics ferroviaires, d’abandonner la desserte de
plusieurs territoires et de se séparer de moyens humains et matériels (locomotives, wagons, installations…).
C’est la logique du business qui prend, là aussi, le pas sur l’intérêt général et le développement durable.
Ce choix politique met à nouveau des millions de camions sur les routes et provoquera d’ici à 2020 une émission
supplémentaire de 3 millions de tonnes/équivalent Co2. C’est inacceptable !
La CGT fait de ce dossier un
objectif revendicatif prioritaire car au-delà du service public ferroviaire, c’est bien l’avenir de la planète qui est menacé !
Au travers de ces quelques éléments, la Fédération CGT des cheminots souhaitait vous sensibiliser sur les enjeux
importants qui nous sont posés, à chacun, au travers des politiques mises en oeuvre à la SNCF.
Parce que les cheminots, seuls, sans l’appui de l’opinion publique et sans l’intervention citoyenne, ne pourront
inverser durablement les orientations actuelles, il faut exiger un véritable débat public sur l’avenir du service-public SNCF.
Cheminots, usagers, salariés, citoyens,
Ensemble pour un Service Public SNCF qui réponde à sa mission : l’Intérêt Général.
Montreuil, le 26 mars 2010
Interview de Dominique Launay, secrétaire CGT du secteur Paris – Rive – gauche
(Montparnasse – Austerlitz), par le journal Le Parisien (Bénédicte Alaniou) – édition du 7 avril 2010
« Cela fait près de trente ans que j’entends parler de la rénovation de la gare d’Austerlitz et je ne suis pas sûr de la voir achevée avant ma retraite », dit Dominique Launay
dans un sourire, en contournant une palissade de chantier. Mais le sourire s’efface dès qu’on interroge ce contrôleur de 49 ans sur les raisons de ce nouveau conflit, qui risque d’exaspérer
davantage les usagers. « Nous sommes conscients des désagréments d’une grève. Mais pour le public, le plus gênant, ce sont les dysfonctionnements quotidiens : des trains supprimés à cause d’une
rupture d’électricité, d’autres pour cause d’avarie, des rames plus petites que prévues… Tout cela découle des réorganisations mises en place par la direction et que nous dénonçons depuis des
mois. »
Principal motif de discorde, l’emploi. Sur une carte de France, la CGT-Cheminots a
récapitulé, région par région, les 7 600 suppressions de postes prévues d’ici à 2012. « Sur les sites de Montparnasse et Austerlitz, on compte déjà 100 agents en moins par rapport à fin 2009. Les
conditions de travail se dégradent.
Les agents préposés au matériel sont contraints de travailler de plus en plus de nuit. Auparavant, c’était marginal… »
La réorganisation du fret oppose également CGT et direction. Les salaires sont également une source de grogne. Avec vingt et un ans de
maison au compteur, Dominique Launay, contrôleur, comme Didier Le Reste, touche 2 100 € net par mois. « En 2010, on nous propose 0,9 % d’augmentation. Ce n’est pas acceptable. » Ce conflit
peut-il durer ? « Tout dépend de la direction. Il y a une véritable rupture du dialogue social à la SNCF », dénonce Dominique Launay. A la question de savoir si Guillaume Pepy porte la
responsabilité de cette situation, le cheminot ne répond pas directement. Mais il stigmatise une « direction qui, depuis plusieurs années, veut faire aboutir ses projets de restructuration,
quelles qu’en soient les conséquences ».
« Beaucoup de collègues sont en grande souffrance et ont le sentiment d’être méprisés, avertit le responsable CGT. On ne veut pas devenir le France Télécom de demain. »
Le Parisien
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