La brochure de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! » rencontre un succès considérable. Certains montrent leur agacement pendant que d’autres s’efforcent de le reprendre à leur compte. Rien ne justifie que les communistes adoptent l’une ou l’autre de ces réactions.
Aussi, nous ne pouvons qu’être surpris de voir cette brochure vendue en vente militante par les diffuseurs de l’Huma, par exemple au sein de l’Assemblée des délégués des sections du PCF du 8 janvier 2011.
Avec le grand âge, la vivacité d’esprit et l’intrépidité de Stéphane Hessel ont pris un côté jubilatoire dont il ne manque pas de jouer. Cette personnalité a sa part dans le succès du livre, de même que son contenu, en fait tellement consensuel à « gauche ».
Hessel défend son analyse politique. Mais elle n’est pas celle des communistes, même si elle peut la rejoindre sur quelques points.
Aux dernières élections régionales, il s’est présenté sur les listes d’Europe écologie. Maintenant, il se prononce pour la candidature de Martine Aubry tout en vantant l’action de Strauss-Kahn qui « est en train de transformer le FMI assez utilement » (interview à Rue89 le 30 décembre 2010).
Sa brochure est en cohérence avec ces positions et sa conception de la politique. Hessel est cohérent avec lui-même et il n’y a rien à lui reprocher.
L’ « indignation » est un sentiment, une réaction morale. Elle correspond bien aux états d’âme de la bourgeoisie libérale devant les « excès » du capitalisme. « Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux » (page 12). L’indignation, c’est une hygiène de vie que nous recommande Stéphane Hessel pour ceux qui ont en ont le loisir!
Quelle distance avec la révolte, la lutte qui répondent à une nécessité, vitale, pour les travailleurs exploités !
« Si vous rencontrez quelqu’un qui ne bénéficient pas des « Doits de l’Homme », « plaignez-le… » (page 12) ajoute Hessel : du catéchisme laïcisé !
La défense du Programme du CNR est devenue une banalité à « gauche » qui le vide malheureusement de son sens. Reconnaissons que Hessel est plus habilité que d’autres en la matière. Mais quelle contradiction avec des affirmations (pour le monde) comme : « la décennie précédente, celle des années 90, avait été source de grands progrès » (page 21) ! … sans revenir sur son soutien, non exprimé dans le livre à la gauche de la collaboration de classe.
L’autre problème qui nous oppose à Stéphane Hessel, c’est son anticommunisme, pas un anticommunisme primaire mais un anticommunisme que nous réfutons avec tout le respect que nous avons pour Hessel.
Les travailleurs français doivent, pour une part prépondérante, le programme du CNR et les acquis de la Libération aux communistes. Il faut le dire et le reconnaître. L’analyse de la trahison des capitalistes français en 1940 était fondamentale dans l’appel du 10 juillet 1940 de Duclos et Thorez. Le réactionnaire de Gaulle, quel que soit son rôle dans la Résistance, n’en avait cure.
Hessel reconnaît que le fascisme a été causé par les « possédants, qui, avec leur égoïsme, ont eu terriblement peur de la Révolution bolchévique » (page 12). Mais c’est pour ensuite considérer le communisme sans distinction comme « une forme insupportable de totalitarisme », pour se réjouir unilatéralement de la « destruction de l’empire soviétique et de la chute du Mur de Berlin » (page 21). Pour nous communistes, les rapports de classe mondiaux sont autrement plus complexes et la fin du camp socialiste, du camp non capitaliste, est déterminante dans l’exacerbation de l’exploitation capitaliste en France et ailleurs.
Stéphane Hessel ne crache jamais dans la soupe. Ancien déporté à Buchenwald, il sait qu’il doit sa survie à la résistance communiste dans le camp. Dans des conditions dramatiques, elle a pu permettre à 3 aviateurs venus de Grande-Bretagne, trois seulement, dont Stéphane Hessel, d’échapper à l’exécution programmée par les SS en prenant la place et le matricule d’un déporté déjà décédé. L’éditeur de la brochure serait mieux inspiré de reprendre ce fait dans sa postface que d’ignorer la Résistance dans le camp.
Il est une question sur laquelle nous rejoignons pleinement Stéphane Hessel, c’est celle du combat pour les droits des Palestiniens. Nous saluons son intervention personnelle, son « indignation » active, devant les crimes de l’Etat israélien à Gaza et en Cisjordanie.
Elle est le signe, que, dans certains cas, à certaines époques, l’indignation de personnes comme Stéphane Hessel rejoint la lutte de classe que les communistes s’efforcent d’organiser. A ces moments de l’Histoire, notre solidarité est totale parce qu’elle part d’une conscience entière de ce qui nous sépare et de ce qui nous réunit.
Amitié et respect à Stéphane Hessel !



Observons d'abord qu'elle se fait au profit de l'État, à qui incombent si bien les dépenses nécessaires à la Santé publique qu'elles figurent au budget du ministère ainsi nommé. Or cet État
dépense par an et par habitant 85 francs prégaullistes pour la recherche médicale, l'État suédois 255 francs, le britannique 265. Tripler les crédits rapporterait à la recherche médicale
française cinq fois plus chaque année qu'une seule fois la quête nationale. Mais justement, une fois fixés les chiffres d'un budget où surabondent les milliards gaspillés qui auraient
largement suffi à subventionner la Recherche médicale, l'opération consiste à substituer les dons des Français les plus généreux -et ce sont les moins fortunés, à des impôts qui, pour injuste que
soit notre fiscalité, coûteraient tout de même davantage aux grandes compagnies et rien, où beaucoup moins que leur actions-vie, aux contribuables les plus modestes.
D'autre part, le pouvoir veut habituer les Français à tenir pour naturel que le fonctionnement de la nation -Santé publique,
Recherche médicale ou scientifique, Université, téléphone, autoroutes...- soit assuré non par l'État (« A bas l'étatisme! »), mais par des particuliers. En dernière analyse, c'est donc
pour préserver les profits des trusts que le gouvernement escroque les téléspectateurs, à l'esbroufe – car la prétendue recherche d'un effet de surprise a pour fin réelle de ne pas laisser aux
gens le temps de s'informer, ni même de réfléchir.
Prenons par exemple le premier tapage à grand
tapage. Le prétexte en fut le peuple laotien ; qui ne souhaitait pas lui manifester sa solidarité? Seulement, aujourd'hui, chacun sait ce que le gouvernement le laissait alors ignorer : qu'une
partie du Laos était soumise à l'influence américaine, l'autre aux bombardements américains. À quels Laotiens les milliards raflés par l'O.R.T.F. sont-ils allés? À qui le riz fut-il acheté? À
quel prix? Mais allez donc conseiller aux braves gens de n'écouter leur coeur qu'une fois les réponses fournies à des questions raisonnables ! C'est justement en quoi consiste l'escroquerie :
elle abuse de l'ignorance des généreux.
Je ne m'étonne pas que tant de Français aient répondu à l'appel de l'O.R.T.F. : je connais leur cœur. Je ne m'étonne pas non
plus que d'éminents savants les en aient remerciés : il leur appartient d'employer les crédits, non d'en déterminer la source. Et je m'étonne moins encore bien sûr, du silence goguenard des
ingrats bénéficiaires de la générosité populaire : Rhône Poulenc, les laboratoires Roussel et leurs rares pareils.
Le scandale avait de
tout autres dimensions que je ne l'imaginais. Il devait être par la suite révélé que ces pathétiques appels avaient été fructueux pour l'entreprise commerciale chargée de l'opération, pour
beaucoup de voix tremblotantes d'émotion, pour l'État lui-même qui, pour comble, prélevait sa dîme sur le « chiffre d'Affaire ». (commentaire d’André Wurmser en 1974 lors de la
publication de "150 nouveaux MAIS...")


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