Usagers avec les cheminots de Montparnasse (et de France) qui seront massivement en grève le 20 octobre 2009
Mardi 20 octobre, à l’appel de trois organisations syndicales, les cheminots seront en grève. Nous reproduisons ci-dessous des extraits du tract que la CGT de la gare Montparnasse (secteur Paris Rive gauche) diffuse aux usagers pour les alerter des vrais enjeux de leur lutte et contrecarrer la propagande officielle
Sur le secteur Paris Rive Gauche :
« Sur la Région SNCF de Paris Rive Gauche, qui rayonne sur 6 départements avec notamment les gares d’Austerlitz, Montparnasse, la ligne C, il est envisagé plus de 250 suppressions d’emplois (pratiquement l’équivalent de la casse de Molex).
Alors que dans le même temps, il manque du personnel pour l’entretien des voies et des caténaires, pour l’entretien du Matériel y compris les TGV. Situation qui entraîne de nombreux dysfonctionnements, retards, trains supprimés, etc… et dont vous subissez les conséquences au quotidien.
Pour ce qui est du transport des marchandises, de graves menaces présentes sur nos sites FRET de
Brétigny, Rungis, Trappes ou Chartres. Et pendant ce temps, les routes sont saturées de camions.
Comme au plan National, nous formulons des propositions pour redynamiser le Service Public des marchandises à partir de nos sites ferroviaires qu’il faut préserver et moderniser pour des dessertes de proximité, redynamisant un tissu social diversifié, en utilisant notamment la petite ceinture ferroviaire autour de Paris, pour amener les marchandises au plus près des lieux de production et consommation. »
Tract national
FRET SNCF : Tromperie sur la marchandise…
Le gouvernement annonce « un engagement national pour le fret ferroviaire » à hauteur de 7 milliards d’euros. La SNCF parle quant à elle d’un schéma directeur pour « un nouveau transport écologique de marchandises » doté d’un milliard d’euros. Ces investissements devraient permettre de créer un réseau d’autoroutes ferroviaires, le doublement du transport combiné, le TGV fret, l’amélioration de la desserte des ports et la création d’opérateurs
ferroviaires privés de proximité. Dans le même temps, dans la presse, à la télévision,
une campagne médiatique à fort budget et au slogan pour le moins ambigu : « le rail, une nouvelle route pour la France », fait état de ces projets. Mais cette vaste opération de communication cache une toute autre réalité. La Fédération CGT des Cheminots rétablit la vérité, alerte la population, les élus politiques et les informe de la décision prise par trois organisations syndicales (CGT, CFDT, Sud Rail) sur les quatre représentatives à la SNCF,
de cesser le travail sur une journée, le mardi 20 octobre prochain.
Les camions sur les trains : FAUX !
De 2004 à 2008, les plans de restructuration successifs de la SNCF et du gouvernement ont mis chaque année 1 500 000 camions sur les routes. Durant cette période, le volume de trafic fret réalisé par la SNCF a baissé de 12 milliards de tonnes par kilomètres. Les autres entreprises ferroviaires, sur trois ans d’ouverture à la concurrence en ont réalisé une dizaine de millions. Sur la base du volume des trafics réalisés en 2008, l’abandon des dessertes locales programmé par la SNCF pour 2010 et 2011, afin d’investir un milliard d’euros dans de nouveaux projets, ajoutera annuellement l’équivalent de 1 200 000 camions supplémentaires. A l’horizon 2020, au prix de multiples conditions économiques qui ne sont pas finalisées, les projets du gouvernement et de la direction SNCF prévoient un report modal de 1 400 000 camions sur les trains, soit à peine le rattrapage des « dégâts environnementaux » réalisés dans les deux prochaines années.
Pour la CGT, ces projets ne sont pertinents que s’ils s’appuient sur une politique de développement de tous les trafics plutôt qu’en substitution de ceux existants. Ainsi, l’exemple de l’autoroute ferroviaire entre Perpignan et Luxembourg qui transporte actuellement 40 camions par jour est éclairant. La cadence serait doublée en 2013, soit 80 camions alors qu’en 2009, le poste frontière du PERTHUS avec l’Espagne en voit passer 800 en moyenne. La situation est identique pour l’Autoroute Ferroviaire Alpine entre AITON (Savoie) et ORBASSANO (Italie), où l’immense majorité des camions continue à emprunter le tunnel routier du Mont Blanc.
L’Etat investit 7 milliards : FAUX !
La réalité, c’est que l’Etat annonce un plan dont le coût est estimé à 7 milliards d’euros, mais les financements reposeront sur les régions, des contrats de partenariats publics/privés, RFF, la SNCF et éventuellement sur le grand emprunt.
Dans le dossier présenté à la presse le 16 septembre par le Ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer (dossier disponible sur le site du ministère), l’engagement de l’Etat est pour le moins sujet à caution. Ainsi, dans la partie financement des projets on relève : « l’Etat cofinancera dans le cadre des contrats de projets Etat Région… l’Etat accompagnera le plan d’investissement… l’Etat mettra en place des aides remboursables… l’Etat participera… »
Aucun engagement financier ferme n’est donc formellement acté. Pire, dans cette enveloppe, prés dès deux tiers (4,5 milliards) concernent des investissements déjà arrêtés par le passé et non réalisés par défaut des budgets promis par l’Etat.
En vérité, à raison de 200 millions d’euros par an pendant 5 ans, seul le milliard investit par la SNCF est clairement financé. Mais au prix de l’abandon des dessertes locales, d’une nouvelle suppression de près de 6 000 emplois et via le recours à des filialisations. En quelque sorte, l’avenir se ferait au détriment de l’existant et de la réponse aux besoins immédiats de transport !
FRET SNCF : un enjeu de société…
Les besoins en ce domaine sont pourtant bien réels. En 2008, le transport intérieur de marchandises, tous modes confondus, représentait 250 milliards de tonnes par kilomètre. Seulement 24 ont été transportés par le ferroviaire. L’enjeu du report modal, par conséquent du développement du mode ferroviaire et fluvial, se situe à ce niveau et ce, dès maintenant.
Non contente de porter un coup fatal à sa messagerie ferroviaire et à ses dessertes locales via le quasi abandon de sa technique du wagon isolé (60 à 70%), la direction de la SNCF privilégie les trafics internationaux de transit, considérés comme rentables.
Le comble, c’est que la SNCF se voit par ailleurs, sommée d’aider financièrement à s’installer des entreprises ferroviaires de proximité de droit privé. Dès lors, quid de la sacro sainte concurrence libre et non faussée chère au traité européen de Lisbonne, à moins que le but ne soit précisément de mettre les cheminots et leurs droits sous la coupe des lois du marché. Des éléments qui ne sont pas sans incidences sur vos conditions de transport, votre sécurité et la qualité de service public que vous êtes en droit d’attendre de la part de cette entreprise publique. Ce repli, s’il devait voir le jour, au mépris du « Grenelle de l’Environnement », ne manquerait pas d’avoir de graves conséquences économiques, sociales et environnementales.
Par conséquent, il ne saurait être fait l’impasse sur ce qui se décide aujourd’hui pour FRET SNCF. D’autant que le transport international de voyageurs, à la veille de sa libéralisation et à un moment où le Secrétaire d’Etat aux transports se dit favorable à l’ouverture à la concurrence des trains régionaux de voyageurs (TER), prend la même voie.
…avec des répercussions sur les voyageurs
Avec moins de marchandises transportées par le fer le coût des infrastructures, payé au travers de péages par la SNCF et RFF, va se reporter sur les trains de voyageurs. Les conséquences pourraient se traduire pour les usagers par une augmentation du prix des billets (et/ou des impôts locaux), et sur l’offre puisque la direction SNCF vient d’annoncer qu’elle n’entend plus assumer financièrement les liaisons corail, laissant aux collectivités locales le soin de payer ou à l’Etat de décider de leurs éventuelles suppressions. On voit bien que le service public sera le grand perdant de cette stratégie.
Non seulement cette politique libérale des transports va à l’encontre des questions posées par le réchauffement climatique avec l’émission de CO2 des véhicules mais avec la taxe carbone, nouvel impôt qui augmentera dans les années à venir, ce sont les ménages qui seront appelés à payer d’une part les conséquences du transfert de millions de wagons de marchandises sur les routes et d’autre part, les exonérations importantes obtenues par les entreprises.
C’est pourquoi, à défaut d’être entendus sur ce sujet et afin que l’intérêt général prime sur la rentabilité financière, les cheminots agiront par la grève le 20 octobre prochain.
Montreuil, le 13 Octobre 2009
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