Qui réclame des tours à Paris sinon la finance internationale ? Assez de bureaux !
M. Delanoë et sa municipalité veulent de nouvelles tours à Paris. Au Conseil de Paris, ils ont voté la fin des limitations de hauteurs pour les nouvelles constructions. Depuis, architectes, experts, peut-être intéressés, et autres flatteurs manifestent leur engouement*.
Des sommets des tours, retournons sur terre et identifions les motivations de M. Delanoë et les intérêts que sa politique d’urbanisme entend satisfaire !
Un mot d’abord sur la consultation des intéressés, notamment des habitants et des salariés. Nous sortons de deux moments importants de la vie démocratique parisienne. Pendant la campagne de l’élection municipale, le sujet a été globalement effacé, notamment du fait de l’accord profond entre Delanoë et Panafieu.
Plus grave, pendant plusieurs années jusqu’en 2006 a eu lieu la concertation et l’enquête publique sur le nouveau Plan local urbain, PLU, de la capitale, censé cadrer pour 20 ans les choix d’urbanisme. L’immense majorité de ceux qui se sont exprimés ont, pour des motifs divers, rejeté l’idée de nouveaux immeubles de grande hauteur à Paris. Le pressentant, la municipalité n’avait pas mis en discussion alors la suppression des limitations de hauteur. Pourquoi le faire maintenant ?
Visiblement, il y a certains choix que le maire préfère faire passer en début de mandature, sans tenir compte des avis exprimés.
Des tours pour quoi et pour qui ?
Je n’ai pas d’opposition de principe à la construction de tours. La question première est l’objectif recherché. Ensuite, toutes les considérations d’urbanisme, dont l'impact sur l'environnement, doivent être prises en compte.
Mme Hidalgo, adjointe à l’urbanisme, lâche le morceau dans une tribune accordée par un quotidien* : « si le logement est le premier des défis à relever, il n’est pas le seul pour Paris et son agglomération, engagée dans une compétition mondiale. » Ce ne sont pas les salariés et les locataires qui sont inscrits dans cette « compétition mondiale ». Elle laissera bien peu de place au logement social mais beaucoup de prétentions aux promoteurs et aux multinationales.
La délibération votée le 7 juillet laisse la possibilité d’élever des immeubles de logements jusqu’à 50 mètres au lieu de 37 soit 4 étages de plus. Le secteur Batignoles (17ème) serait notamment concerné. Sur ce point, je ne pourrais qu’être d’accord si l’ensemble des possibilités offertes était consacré au logement social. Malheureusement non ! Le maire parle de « logements, y compris sociaux »… Alors que le manque est si criant !
Mais point de logements dans les tours de 150 à 200 mètres envisagées, sauf...
On a déjà vu un précédent dont on ne parle pas assez. Les tours, ce serait « anxiogène et insécure » pour les locataires de logements sociaux mais c’est un paradis pour les riches, qui, comme tout le monde le sait, ne sont pas sujets au vertige...
Dans le 15ème, la Tour Flatotel était en déshérence en 2004. La Ville pouvait la racheter à moindre coût pour la convertir en 350 appartements sociaux. Elle a préféré faire venir sur la place le groupe Pierre et Vacances pour établir une résidence hôtelière de grand luxe. Rebelote, le promoteur Unibail, à qui la Ville s’apprêterait à vendre le foncier du Forum des Halles, réclame la possibilité de construire un hôtel de luxe à la Porte de Versailles de 150 mètres (45 étages). M .Delanoë et Mme Hidalgo ne sauraient le lui refuser.
Les autres sites seraient dédiés à des immeubles d’affaires pour les multinationales en quête à la fois de juteuses opérations immobilières et de construction de prestige. Tout au plus quelques équipements publics sont annoncés marginalement pour donner le change.
C’est vieux comme le capitalisme. Déjà au Moyen-âge, les commerçants des villes italiennes comme San Gemignano, rivalisaient dans la hauteur de leur maison pour montrer la prospérité de leur trafic. Qui aura la plus haute ? Les Parisiens n’ont pas à faire les frais de ces mégalomanes et cette virilité architecturale mal placée.
Suivre Londres comme capitale de la finance internationale, c’est suivre Londres dans les loyers prohibitifs, l’expulsion encore plus forte des salariés de la ville intra-muros.
L’avenir de la capitale française ne doit pas lui appartenir.
Enfin, il est connu que les quartiers de tours ne sont pas plus denses que les quartiers, déjà très densément occupés, du Paris de type haussmannien. Leurs abords, heureusement, ne peuvent pas être bétonnés, sous peine d’être invivables. L’argumentation sur la prévention de l’étalement de la ville ne tient donc pas.
Aussi, une analyse sans naïveté ni complaisance, devrait nous conduire, communistes, à accepter des immeubles de logements de 50 mètres à condition que ce soit exclusivement des logements sociaux et à refuser les immeubles de plus de 50 mètres, dans la situation actuelle.
Camille Marques, conseillère PCF du 14ème arrondissement (2002 – 2008).
* Y compris, je m’en étonne, dans mon journal « l’Humanité » qui a coup sur coup ouvert ses colonnes à plusieurs partisans des tours, dans un dossier spécial, dont Mme Hidalgo, adjointe à l’urbanisme, puis à M. Ian Brossat, élu PCF, pour une tribune aussi délirante dans la dithyrambe qu’éloignée des réalités municipales.
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