Le traitement carcéral du chômage aux USA: le modèle de Sarkozy
La justice américaine vient de rendre publiques ses dernières statistiques. Plus de 2,3 millions de personnes sont emprisonnées aux Etats-Unis. Il s’agit d’un record mondial tant en valeur
absolue (Il n’y a « que » 1,5 million de prisonniers en Chine) qu’en valeur relative. Plus de 1% des adultes sont en prison.
Ces chiffres ont explosé depuis 30 ans. Les USA comptaient 300.000 prisonniers en 1972, 1 million en 1990, 2 millions en 2000. Aux 2,3 millions d’incarcérés fin 2007, il convient en outre
d’ajouter plus de 5 millions de personnes placées sous contrôle judiciaire. L’immense majorité a été arrêtée pour des délits non violents, souvent pour récidive de délits mineurs.
Ces chiffres sont éloquents sur la situation réelle de la démocratie sous un régime qui s’érige en releveur de torts universel.
La dimension raciale, raciste, de l’emprisonnement de masse au USA est connue. Elle n’a fait que s’accentuer. 11% des hommes noirs âgés de 20 à 34 ans sont sous les verrous, 3% des hommes
originaires d’Amérique latine, les « hispaniques ».
Une autre dimension, plus rarement soulevée, laisse aussi à réfléchir. Les admirateurs du modèle capitaliste états-unien ne manquent pas de vanter un taux de chômage affiché à peine à 5% de la
population active. Ignorant toute une population marginalisée, toutes les situations de précarité, ce chiffre exclue également la population carcérale. Or 1,4% de la population potentiellement
active est sous les barreaux, plus de 2,5% de la population masculine.
Un traitement carcéral du chômage ? Oui, mais non content d’enfermer massivement les « classes dangereuses », le capitalisme américain n’hésite pas à les faire travailler dans les geôles, pour
des salaires de misère, 0,25 à 2 dollars par heures, sous la menace de l’enfermement en cellule d’isolement. Des productions entières sont réalisées par la main d’œuvre pénitentiaire, notamment
les casques militaires mais aussi des ustensiles ménagers ou des meubles…
Des dizaines de firmes parmi les plus connues y ont recours dont IBM, Boeing, Texas instrument… Le phénomène est largement accentué par l’expansion depuis la fin des années 80 du secteur des
prisons privées, devenu un véritable marché à part entière.
Le patronat américain pousse à une politique d’emprisonnement massif puisqu’il en tire directement et indirectement profit. Les spectres de l’esclavagisme sinon du système concentrationnaire nazi
ressurgissent.
L’horreur capitaliste aux Etats-Unis fait des émules en France. Sur plusieurs points, Sarkozy suit le modèle US, accélérant une orientation politique qui l’a précédé. L’absence de grâce
présidentielle, la restriction des remises de peine contribuent à augmenter la population carcérale comme la nouvelle loi sur la récidive qui frappe d’abord les plus pauvres qui présentent le
plus difficilement des projets de réinsertion économique. La privatisation de la construction et de la gestion des prisons par le privé est amorcée avec le développement de « partenariats
public-privé », impliquant notamment les firmes du BTP Bouygues, Eiffage ou Vinci, déjà intéressées donc à une justice répressive. Bouygues vient de se voir octroyer par Rachida Dati un marché de
construction 1996 places de prison sous ce régime des PPP.
Nous sommes encore loin de la situation US (61000 prisonniers) mais la perspective s’affirme. Il n’en est que plus important d’en dénoncer l’esprit et les objectifs, de lutter pour défendre le
service public de la justice contre les tentatives de démantèlement, de contrecarrer la logique du tout-répressif.
Souvenons-nous de Jean Valjean bagnard pour un pain volé !
Mercredi 5 mars 2008
3
05
/03
/2008
18:20
0
-
Recommander
Réactions