"Reconstruire le PCF et réunifier les communistes sur des bases révolutionnaire"
Préambule : (Comment en sommes-nous arrivés là)
Le choc du 21 avril, les résultats catastrophiques de notre parti aux élections présidentielles et législatives nécessitent une analyse sans aucune concession ni aucun tabou. C'est l'avenir immédiat du PCF qui est en jeu et, au delà, la possibilité d'une alternative progressiste dans ce pays. Les communistes du Pas-de-Calais, leur fédération, qui avaient alerté depuis longtemps sur les risques graves que connaît le parti, entendent prendre toute leur place dans cette nécessaire réflexion.
Ils appellent tous les communistes sincères, toutes les organisations du parti à rechercher les causes profondes de cette situation et à décider ensemble des changements stratégiques indispensables.
"Au lieu d'une véritable modernisation des pratiques militantes et d'un projet communiste clair et mobilisateur, la mutation est prétexte à l'abandon de l'identité communiste, des positions de classe et des objectifs révolutionnaires du PCF" écrivions-nous dans le texte "Changer de Cap". C'est pourquoi, "nous demandons que le 30ème congrès permette un large débat démocratique dans le parti, qu'y soient discutées et prises en compte les grandes orientations suivantes (du texte "Changer de Cap"), afin d'engager un processus de modernisation du PCF sur des bases révolutionnaires".
Malheureusement, force est de constater qu'à Martigues, il n'y eut pas de véritable débat démocratique et que nos propositions, comme celles d'ailleurs d'autres communistes minoritaires, ne furent même pas discutées.
Le choix fut fait au contraire d'une fuite en avant dans une mutation se caractérisant de plus en plus par un abandon des principes fondateurs du Parti Communiste et la liquidation de son organisation.
De là découle, en partie, un nouvel éloignement de la classe ouvrière et de l'électorat populaire que nous avons ensuite payé très cher aux élections municipales, présidentielles et législatives.
Car si notre effondrement est l'aboutissement "final" d'un lent processus de décomposition idéologique, politique, organisationnelle et électorale de notre parti, cette situation ne peut excuser en aucun cas la direction nationale du parti des graves responsabilités qu'elle porte dans la dernière période.
Nous sommes néanmoins convaincus que le 32ème congrès de notre parti peut être celui du ressaisissement et de la reconstruction pourvu que celui-ci dégage une ligne politique différente et claire permettant à notre parti d'être de nouveau identifié comme le parti de la classe ouvrière, du monde du travail, attentif aux souffrances de l'immense majorité de notre peuple.
Le parti de l'espérance dans un monde et une société de plus en plus divisés et éclatés.
Un parti porteur d'un idéal révolutionnaire et des valeurs les plus progressistes de notre peuple.
Pour parvenir à ce renouveau, il nous faut néanmoins tirer tous les enseignements du passé.
La perte d'un projet politique clairement identifiable.
Certains communistes mettent en avant la dérive des pays du socialisme "réel" et leur écroulement, comme l'explication principale ou fondamentale de nos échecs.
Nous n'aurions pas assez pris nos distances. Nous ne nous serions pas assez dégagés et pas assez vite du modèle soviétique. Nous n'aurions pas assez condamné.
Force pourtant est de constater que si des retards évidents ont été pris par le passé, cela fait déjà beaucoup d'années que nos prises de positions officielles et au plus haut niveau attestent précisément du contraire.
Nous pensons, pour notre part, que le parti n'a pas fait assez d'efforts pour analyser sérieusement et objectivement tous les aspects contradictoires de cette expérience. Privés de cette analyse, nous avons été trop souvent conduits à "crier avec les loups". Ce faisant, nous avons laissé le terrain libre à la formidable campagne idéologique engagée à la faveur de ces événements au sujet d'une prétendue fin de l'histoire.
L'idée qu'il n'y aurait plus d'alternative possible au capitalisme, que celui-ci serait le seul système capable d'intégrer les évolutions de la société et les aspirations nouvelles (développement de l'individualisme, efficacité économique, libre initiative dans la société...) s'est peu à peu imposée.
Ce dont nous avons besoin aujourd'hui en priorité et au plus vite, c'est d'une véritable analyse approfondie du capitalisme tel qu'il est aujourd'hui.
Nous avons besoin de rappeler avec force que ce système traverse une crise structurelle profonde qui provoque tous les dérèglements observés aujourd'hui dans le monde et dans notre propre pays: pillage des ressources de la planète, ruine de continents entiers, guerres, chômage massif, précarité, mal-vie, pauvreté grandissante au sein même des pays riches, montée de la délinquance et du racisme...
Nous avons besoin de définir un projet de société alternatif au capitalisme, capable d'articuler les luttes immédiates et la perspective d'une transformation révolutionnaire de la société.
Sans ce travail de construction politique, nous sommes réduits malgré nous à un rôle de super-syndicat évoluant dans le cadre existant.
Or, n'oublions pas que ce qui nous est d'abord reproché aujourd'hui, c'est d'être devenu un parti comme les autres.
Force est de constater que notre positionnement politique notamment depuis 1997 a donné corps à ce jugement.
La participation gouvernementale :
une stratégie suicidaire.
Le double naufrage des présidentielles et des législatives, après la déroute sévère enregistrée aux municipales, marque la sanction par l'électorat populaire d'une ligne politique suicidaire.
Au 29è Congrès (1996), la direction nationale a ouvert la voie à une participation gouvernementale sans "condition" en supprimant le "préalable" à "Maastricht" que revendiquaient entre autres, les communistes du PdeC.
En érigeant la participation au gouvernement de la gauche plurielle en choix stratégique, notre parti s'est aveuglé sur les conséquences de la politique menée et a tourné le dos aux aspirations populaires.
N'oublions pas que 1997 a été précédé par le formidable mouvement social de 1995. Celui-ci portait l'exigence d'une autre Europe. Celle d'une action déterminée contre les orientations ultralibérales de Maastricht: austérité salariale, remise en cause des retraites, privatisations, atteintes aux services publics, licenciements boursiers...
Il portait aussi le rejet d'un nivellement par le bas de tous les acquis sociaux des peuples au plus grand bénéfice des grands groupes capitalistes supranationaux, sous couvert de mise en concurrence et d'intégration européenne.
Qu'est-il advenu de ces aspirations dans la politique mise en oeuvre par le gouvernement de gauche? Pire, l'abandon délibéré par notre parti de la lutte contre le Traité de Maastricht est apparu comme un reniement de plus et finalement un encouragement à la politique sociale libérale du parti socialiste et aux coups portés à notre souveraineté nationale.
Certes, l'échec du parti, c'est d'abord l'échec de la politique de Jospin et du Parti Socialiste: 15 millions de français (ouvriers, employés, travailleurs précaires, demandeurs d'emploi...), tout un électorat populaire abandonné à son destin, au profit d'une démarche visant d'abord à amadouer les classes moyennes pour gagner l'élection présidentielle au Centre.
Mais en réalité, nous nous sommes laissés entraîner dans sa chute. Face au refus de Lionel Jospin de respecter les engagements pris en 1997 (arrêt des privatisations, augmentation du pouvoir d'achat, réorientation de la construction européenne...), la direction nationale du parti n'a pas eu le courage politique de la confrontation et a privilégié la solidarité gouvernementale à la défense du peuple et de la nation.
Pourtant il était possible de faire autrement même après notre engagement au gouvernement: en prenant à témoin le peuple, en rappelant par des actes, si nécessaire, qu'il n'existait pas de majorité parlementaire sans l'apport des voix du groupe communiste à l'Assemblée Nationale...
Nous avons été, en fait, prisonniers d'une certaine conception de l'union qui depuis des décennies nous met à la remorque du parti socialiste.
Définir un projet alternatif au capitalisme, développer la solidarité internationale pour combattre la mondialisation capitaliste et l'Europe de Maastricht
Le recul du parti communiste français et la défaite du 21 avril s'inscrivent aussi dans un contexte international qui s'est profondément modifié depuis la chute du système socialiste en 1989 et celle de l'URSS en 1991, ainsi qu'avec les attentats du 11 septembre 2001.
Le formidable développement des forces productives et notamment des nouvelles technologies de l'information a permis la mondialisation capitaliste.
La structure elle-même du capital a changé: mainmise du capitalisme financier sur l'ensemble de l'économie, des banques et des fonds institutionnels (fonds de pensions-assurances). Cette évolution privilégie le profit à court terme et rend vulnérable l'ensemble des économies mondiales comme l'ont démontré les crises successives: crise mexicaine, crise asiatique et russe, crise argentine et crise actuelle des économies occidentales.
Les pays socialistes ne sont plus un contrepoids à l'impérialisme qui, désormais, règne sans partage dans un monde unipolaire.
L'effondrement du système socialiste et de l'URSS a certes révélé davantage les erreurs, les déformations bureaucratiques, voire les crimes commis à certains moments et dans des conditions historiques données, dans ces pays. Pour autant, on ne saurait oublier les formidables avancées sociales réalisées et qui ont été démantelées par la réintroduction du capitalisme.
On ne peut oublier non plus que cette expérience a montré la possibilité d'alternative au système capitaliste et cimenté des générations au vote communiste partout dans le monde.
Ce n'est pas en participant à la campagne de criminalisation des pays socialistes que les communistes en France et ailleurs surmonteront leur crise existentielle.
L'enjeu d'aujourd'hui est de faire face à la domination de l'impérialisme en particulier l'impérialisme américain.
Se servant des attentats du 11 septembre, les Etats-Unis tentent non seulement d'asservir les pays du tiers monde, mais de contraindre les autres pays impérialistes à se ranger sous leurs ordres au nom de la lutte contre le terrorisme international.
Le terrorisme international apparaît à la fois comme le produit de la politique américaine (aide à l'intégrisme islamique, "création" de Ben Laden) et comme le dévoiement de la lutte anti-impérialiste dans les pays musulmans.
Le terrorisme international ne saurait être confondu avec la lutte des peuples pour leur libération (Palestine, Colombie...).
Au nom de cet amalgame, de l'ingérence humanitaire, de la démocratie, de la défense des droits de l'homme, les impérialistes américains et leurs alliés (contraints ou volontaires) multiplient leurs interventions sur tous les continents, provoquant des guerre désastreuses pour les populations et l'environnement (utilisation d'armes nouvelles, de l'uranium appauvri) : guerre en Yougoslavie, en Afghanistan et menace sur l'Irak.
L'Europe du capital à la remorque des États-Unis
En France, les partisans à droite comme à gauche de l'Europe de Maastricht, la présentent comme un rempart, une force capable de s'opposer à la politique militaire et interventionniste des Etats-Unis.
En réalité, les derniers exemples de conflits internationaux montrent que l'union européenne est non seulement incapable de définir une politique commune de paix, mais les pays qui la composent ont tendance à vouloir tirer quelques profits d'un alignement sur la politique des Etats-Unis.
La stratégie internationale de l'Union Européenne, comme sa politique économique et sociale, est avant tout celle du Capital qui a fait de cette construction une pièce maîtresse de la mondialisation pour permettre le libre développement des multinationales et la domination des marchés financiers.
Le gouvernements de droite ou sociaux-démocrates des pays de l'union européenne ont trouvé avec Maastricht l'instrument et parfois l'alibi pour leur politique libérale et le moyen d'accéder à la volonté de transformation du capital européen sur le modèle anglo-saxon: privatisations, libéralisation totale du marché...
L'accentuation de l'intégration européenne (économique, poltiique et militaire) qu'ont constituée les Traités d'Amsterdam et de Nice, l'élargissement à l'Est et au Sud ne sont pas fait pour le profit des peuples mais pour l'intérêt du capital par une mise en concurrence des travailleurs.
Prétextant de l'élargissement, la Convention, présidée par Giscard d'Estaing, propose d'aller vers une Europe Fédérale, Supranationale. Dans ce cadre, la loi Raffarin de décentralisation vise à adapter le pays à cette nouvelle étape de la construction européenne. En acceptant une Europe des Régions, le gouvernement, en accord avec le PS, brise le cadre national et républicain.
Face à cette situation, il n'est donc qu'une seule alternative: développer la lutte des travailleurs et des peuples contre la mondialisation capitaliste, contre l'impérialisme guerrier, rompre avec la construction d'une Europe supranationale et fédérale, reconquérir la souveraineté nationale et impulser l'Europe des luttes sociales et démocratiques.
Créer un nouvel internationalisme
Le mouvement altermondialiste actuel, s'il crée des espérances, ne saurait suffire à créer une alternative au capitalisme.
Le temps n'est peut être pas à la création d'une nouvelle internationale communiste mais il nous faut créer un nouvel internationalisme. Il faut que les partis communistes et les mouvements progressistes de tous les pays, sans exclusives, créent des liens pour lutter contre l'impérialisme.
Le Parti Communiste Français, de par son histoire, a un rôle particulier à jouer pour développer la solidarité internationale avec les forces qui sont aux prises avec l'impérialisme en Amérique Latine (Cuba,Vénézuela, Colombie, Argentine...) au Proche Orient (Palestine, Irak) et en Asie.
En Europe, les partis communistes et les mouvements progressistes devraient s'unir pour échanger leurs expériences et organiser la lutte commune contre Maastricht.
Changer la société
La crise actuelle du capitalisme, les désastres sociaux et les guerres destructrices qui en résultent montrent la nécessité d'une issue. Si elle n'est pas associée à la "visée" communiste, la perspective d'une société socialiste débarrassée de l'exploitation capitaliste, la lutte révolutionnaire n'est qu'un vain mot.
Le changement de société implique la propriété sociale des grands moyens de production et d'échange ainsi que l'exercice du pouvoir par la classe ouvrière et plus largement le monde du travail, c'est à dire la mise en place d'une démocratie réelle de la majorité et non le pouvoir d'une minorité de privilégiés.
Elaborer un programme dans la perspective d'un changement de société:
Ce changement de société ou socialisme se construit lors d'un processus de luttes sociales et politiques et de nouvelles avancées, un processus menant à la rupture avec le capitalisme.
- Au plan politique:
Cela suppose pour notre pays une autre constitution qui instaurerait une démocratisation de la République dont le caractère laïque, un et indivisible, doit être défendu, assurant une véritable représentation de la souveraineté populaire et nationale, le développement de la démocratie directe (Conseils de quartiers, révocabilité du mandat électoral, droit pétitionnaire...)
- Au plan économique et social :
- la nationalisation des grandes entreprises gérées démocratiquement, des droits nouveaux pour les travailleurs (regard et contrôle de la gestion, refus des plans de licenciements...);
- le développement du secteur public et des services publics:
Le formidable potentiel de la nation que représentent le secteur public et les services publics qui ont institué l'égalité de traitement des citoyens et usagers sur l'ensemble du territoire, est aujourd'hui mis en cause par les privatisations. Ils ont contribué aux avancées sociales pour l'emploi et l'indépendance nationale, joué un rôle décisif pour le développement industriel et la recherche, les découvertes scientifiques et technologiques.
Leur maintien et leur développement constitue donc un enjeu vital pour le redressement de notre pays et en termes de progrès de civilisation.
- la création d'une sécurité sociale professionnelle qui instaurerait, dans le marché du travail, la notion de solidarité au lieu de la concurrence des travailleurs entre eux, qui assurerait aussi une formation tout au long de la vie, sans remettre en cause ni la valeur des diplômes ni les qualifications acquises. Le dépassement du marché du travail capitaliste ne peut se réaliser vraiment que dans le dépassement du capitalisme lui-même, c'est à dire son abolition.
Le parti doit aussi rapidement élaborer un programme d'actions et de propositions immédiates.
Rassemblement populaire et autonomie politique du P.C.F. au coeur de notre stratégie.
Le parti est aujourd'hui en panne de stratégie. Celle que nous avons tentée de mettre en oeuvre a échoué. Elle était trop axée sur "l'Union des forces de gauche", la "gauche plurielle", les accords de sommet, la participation gouvernementale et trop éloignée des préoccupations populaires, du mouvement social.
Cette stratégie a facilité la confusion dans les esprits, amenant les gens à ne voir en nous qu'un appendice du Parti Socialiste.
Elle a également contribué à donner du PCF l'image d'un parti comme les autres et ce, au pire sens du terme: un parti capable, dans le meilleur des cas, de gérer le système capitaliste, mais certainement pas d'y mettre un terme.
La participation à la gestion de l'Etat nous a fait reculer sur le terrain de la contestation: nous ne sommes plus perçus comme les porte-voix de la protestation populaire.
La remise en cause de repères idéologiques clairs a aggravé la perte de crédibilité de notre parti et nous a menés dans le mur.
Sur des questions importantes comme l'Europe ou le secteur public nationalisé, pour ne prendre que ces deux exemples, nos positions sont apparues comme des revirements, nous faisant perdre le capital du "non à Maastricht" lors de la calamiteuse campagne de "Bouge l'Europe", et le soutien du noyau dur de notre électorat: les salariés du secteur public.
En cautionnant par notre présence au gouvernement les prises de participation dans les entreprises publiques, nous avons contribué à faire reculer l'idée de nationalisation comme facteur de lutte contre la crise et comme assise pour construire une autre société, la société socialiste.
Primauté au mouvement populaire
Il faut en tirer toutes les leçons et construire une autre stratégie. Il ne s'agit pas de jeter tout l'héritage, mais de définir de nouvelles priorités.
Notre stratégie doit désormais donner la primauté au mouvement populaire (la primauté, pas l'exclusivité).
Nous devons redevenir les porte-voix de la protestation populaire si nous voulons être crédibles sur des propositions alternatives.
Nous devons également accompagner les luttes syndicales. L'action permet aux travailleurs de mesurer leur force et d'élever leur niveau de conscience, à condition que les communistes y apportent un éclairage politique. Le parti n'a pas vocation à être un super-syndicat, ou à diriger les organisations syndicales. Mais à contrario, il n'a pas à se désinvestir du monde syndical ou associatif, ce qui contribue à faire baisser le niveau idéologique et à laisser ce terrain à d'autres comme Lutte Ouvrière.
Le parti doit également être à l'initiative de luttes et être capable de les mener sur le long terme, jusqu'à la victoire si possible. Nous avons trop "zappé" sur les campagnes que nous menions, laissant d'autres forces politiques récupérer le bénéfice des résultats obtenus, ou la prise de conscience provoquée par nos luttes.
L'action, plus que les forums et autres Etats Généraux, peut permettre l'élaboration, avec les gens, des propositions alternatives que nous devons avancer.
Les forums tels que le Parti nationalement les multiplie ne semblent pas porter les fruits que la direction en attendait. Ils apparaissent comme des débats intellectuels ou des confrontations entre formations de la gauche plurielle, voire avec les gauchistes. Ils n'ont pas fait avancer grand chose.
Le champ d'intervention des luttes est vaste. Il est sans doute illusoire dans l'état de nos forces de vouloir couvrir tous les terrains. Nous devrions nous fixer deux priorités: l'entreprise et la jeunesse.
La classe ouvrière est loin d'avoir disparu, comme beaucoup le prédisaient. Elle reste aujourd'hui l'acteur principal de la lutte contre le capital. Nous pouvons regagner du terrain, en particulier chez les travailleurs du secteur public, à condition d'y consacrer l'essentiel de nos forces.
Donner la primauté au mouvement populaire ne signifie pas en faire l'axe exclusif de notre stratégie.
Notre rôle est de lui donner un débouché politique qui mène à la rupture avec le capitalisme.
Une nouvelle conception de l'union
La question des alliances électorales reste une question importante à considérer dans chaque contexte politique. Mais l'heure n'est pas à en faire la question stratégique principale, pas plus qu'une éventuelle participation gouvernementale.
La question de l'union renvoie à trois conditions essentielles :
- l'union ne doit pas favoriser la confusion entre nous, le PS ou d'autres forces politiques;
- l'union se construit dans un rapport de forces. Nous disions autrefois "l'union est un combat". Commençons donc par créer un rapport de forces plus favorable;
- l'union se fait sur un contenu partagé par le mouvement populaire, qui doit être garant de son application.
Eviter la confusion, pour ne plus être perçu comme l'aile gauche du PS, cela veut dire revenir sur le concept de gauche, arrêter de parler uniquement au nom de la gauche et parler plus souvent au nom du Parti Communiste Français.
Cela veut dire également éviter les candidatures uniques aux premiers tours dans les scrutins nationaux au suffrage universel: législatives, présidentielles, européennes.
La construction de l'union passe par la remontée de l'influence de notre parti; à 3,5% le tête à tête avec le PS n'a pas beaucoup de sens.
Pas plus que la construction d'un cartel avec la LCR ou l'aile gauche du PS. Ne remplaçons pas une confusion par une autre. Nous avons à reconquérir un électorat populaire qui s'est laissé séduire par l'extrême gauche ! Ce n'est pas en la cautionnant que nous réussirons.
Depuis plus de 20 ans, nos slogans électoraux invitent les électeurs à voter communiste pour peser sur le PS, ce qui revient à semer la confusion et les illusions sur la social-démocratie alors qu' il n'est pas dans sa nature de vouloir transformer la société.
Notre choix stratégique ne doit, en aucun cas, dépendre d'une éventuelle participation à un gouvernement de gauche. Nous devons redéfinir clairement la "portée" révolutionnaire du vote communiste dans un processus de construction politique. A partir d'un rapport de forces favorable au changement, la mise en place d'un gouvernement populaire, sous contrôle du mouvement populaire lui même, peut être envisagé pour la mise en oeuvre des réformes nécessaires à la transformation de la société.
Continuer et moderniser le PCF sur des bases révolutionnaires
Depuis la conférence nationale de juin 2002, la direction nationale ne cesse de figer le débat sur le parti en limitant les enjeux à 3 options:
- le retour nostalgique en arrière
- le pôle de radicalité
- la poursuite de la mutation
A brandir le retour aux années 1920 et le pôle de radicalité avec les gauchistes, voire l'aile gauche du PS, que très peu de communistes revendiquent, la "mutation" apparaît ainsi comme la seule orientation réaliste et crédible, malgré les 3,3% du 21 avril et la contestation des militants.
Or, s'il y a un débat que revendiquent majoritairement les communistes, c'est celui de la "mutation" et l'exigence de son bilan qui n'est toujours pas à l'ordre du jour du congrès.
"Moderniser le PCF n'est contesté par personne si le souci reste celui d'un parti révolutionnaire et militant", disions-nous dans notre texte fédéral "changer de cap" au 30ème congrès.
Nombreux sont les militants qui, aujourd'hui, se sentent floués par la visée et les résultats de cette "mutation".
Le PCF n'a pas été modernisé, adapté à l'évolution de notre société, mais coupé de ses racines, de son histoire, de sa culture, par une "mutation" qui, d'abandon en abandon, est synonyme de rupture, au point où sa maîtrise ou sa non maîtrise (qui reste à vérifier) a fait perdre au parti son identité révolutionnaire.
Depuis le congrès de Martigues, sous l'obsession de la création d'un parti de "type nouveau", c'est l'organisation révolutionnaire du PCF et son originalité qui, cette fois ont été remises en cause. Au profit d'une vision réformiste, d'une direction obnubilée par les sondages, subjuguée par des personnalités et qui a en définitive confondu modernité et mode (qui, comme chacun sait, est éphémère).
La modification des statuts a ouvert la porte à un parti à tendances, confondu démocratie et auberge espagnole, au détriment d'un parti respectueux de ses adhérents mais dirigé.
Au lieu de s'ouvrir à la société, le parti s'est dilué dans la pensée dominante. Au lieu de trouver son originalité dans ses capacités à rassembler les victimes du capitalisme et à mener l'action avec elles, le PCF a renforcé le sentiment qu'il était devenu comme les autres, qu'il ne remplissait plus son rôle historique auprès de la classe ouvrière et du monde du travail.
Moderniser le PCF c'est mettre en pratique la souveraineté des militants dans leur parti. L'abandon du centralisme démocratique devait, disait-on, renforcer la souveraineté des adhérents. Or ceux-ci, malgré la multiplication des consultations internes, n'ont jamais été aussi peu entendus.
Moderniser le PCF c'est se donner les moyens pour permettre aux adhérents de réfléchir, de décider et de contrôler.
Il faut tirer un premier bilan de l'expérimentation de nos nouveaux statuts. Le fonctionnement en "assemblée" par exemple, réduit la participation des communistes et les décisions prises lors de ces assemblées posent parfois un problème de démocratie.
Moderniser le PCF c'est mettre fin à la bicéphalité, se doter d'un conseil national représentatif de l'opinion des adhérents, avec un exécutif identifiable, un secrétariat officiel qui évite les dérives de ces derniers temps: des dirigeants nationaux, inconnus des militants, qui sortent du chapeau ; des collaborateurs aux fonctions confuses...
Moderniser le PCF, c'est concevoir qu'à tous les niveaux, nos dirigeants et élus soient d'abord des militants investis dans l'activité des structures de bases du parti. Plus globalement, la vie du parti et de son organisation ne doivent pas être l'affaire de quelques uns, mais être le souci permanent des "collectifs" de direction.
Moderniser le PCF, c'est se doter de directions qui correspondent à nos objectifs de reconquête du monde du travail et d'ouverture vers la jeunesse.
Un parti proche des travailleurs et de la jeunesse.
Concernant les travailleurs
Le parti a su articuler, à travers son histoire, idées révolutionnaires et luttes immédiates ce qui lui a valu d'être identifié à la fois comme le parti des ouvriers et celui qui donnait du rêve aux jeunes générations.
L'abandon de la lutte idéologique, l'obsession à vouloir s'ouvrir à d'autres couches de la société, la pression des thèses réformistes comme la soi-disante disparition de la classe ouvrière, notre solidarité gouvernementale avec le PS ces 5 dernières années, nous ont progressivement éloigné du monde du travail.
Il est urgent et vital pour le parti, sur la base d'une ligne combative et autonome et d'un idéal révolutionnaire bien identifié, de réimpulser, à tous les niveaux, l'activité du parti en direction des entreprises, d'implanter et de réimplanter l'organisation communiste à l'entreprise, de s'engager sur des positions de classe dans le mouvement syndical, de revoir nos relations avec la CGT.
Le PCF doit redevenir dans l'action et dans les discours, le parti des exploités contre le capital. C'est sur ce fonds de classe que nos positions comme nos actions doivent permettre d'être identifiés par tous.
Concernant la jeunesse
L'existence du PCF est menacée non seulement par l'effondrement de ses scores électoraux, mais également par les risques d'effondrement de son organisation. D'un côté, des zones désertiques où il n'y a plus trace de communistes organisés et actifs; de l'autre, une organisation qui résiste grâce au dévouement de quelques militants qui maintiennent la vie du parti à bout de bras. Telle est la situation d'aujourd'hui.
Notre parti, dans son déclin, s'est privé de l'apport de générations qui n'ont que très faiblement adhéré. Nos deux principales sources de recrutement de cadres, le syndicat et le mouvement de la jeunesse communiste, se sont taris. Nous vivons sur nos réserves vieillissantes et sans perspective actuelle de renouvellement.
Il y a donc urgence et cela devrait faire l'objet d'une décision de congrès, de lancer, sur de nouvelles bases, une grande campagne nationale d'adhésions en visant en particulier la jeunesse. Cela implique que le congrès prenne bien en compte ces aspirations et ouvre des perspectives. Un parti politique sans organisation de jeunesse n'a pas d'avenir, il nous faut également faire vivre un mouvement de la jeunesse communiste.
le rôle d'avant garde est-il dépasse ?
Contrairement à ce qu'on entend, personne ne propose la formule caricaturale du "parti guide" décidant à la place des gens.
Faut-il pour autant se satisfaire d'un parti qui, trop souvent ces dernières années, s'est laissé entraîné par les idées dominantes ?
Faut-il craindre de se retrouver, comme à maintes fois de l'histoire, à contre-courant ?
L'apprêté de la lutte de classes, l'affaiblissement de la conscience de classe, exigent d'un parti révolutionnaire agissant pour la transformation sociale, de jouer un rôle d'avant garde à l'exemple du "NON" de gauche à Maastricht que nous avons su faire partager massivement.
Reprendre le chemin de la lutte ideologique
Il est vital pour les communistes de se réapproprier de manière créatrice la théorie révolutionnaire, de revivifier la pensée marxiste, d'étudier par eux mêmes leur histoire, de soumettre aux travailleurs une véritable alternative anticapitaliste tout en étant les champions de la démocratie dans les luttes, de la critique et de l'autocritique.
Notre parti doit, à tous les niveaux, reprendre des cycles de formation théorique de ses militants afin que ceux-ci puissent affronter sur des bases solides les défis de notre temps tels que la mondialisation capitaliste.
Un parti de militants
Le débat, la confrontation des idées sont plus que nécessaires, mais le communiste est aussi un lutteur, un militant, toujours à l'initiative, personnellement et collectivement, sur la base de la politique définie en commun.
La présence du parti, de ses militants dans l'entreprise, le quartier, l'école, le bureau, l'atelier, parmi les demandeurs d'emploi, les retraités, auprès de toutes celles et ceux qui constituent les forces vives de ce pays est de plus en plus indispensable pour débattre avec eux des multiples problèmes qui nous sont posés, avancer avec eux des propositions de solutions, engager l'action qui, en dernière analyse, est le seul moteur de progrès social et de la démocratie.
Ne faut-il pas, à tous les niveaux (du national à la cellule en passant par les fédérations et les sections), des dirigeants, des militants actifs présents sur le terrain? Non pas pour apporter la réponse à tous les problèmes, mais pour discuter avec les gens, élaborer avec eux des propositions et agir pour les faire aboutir et cela sur chaque situation particulière.
Les élus communistes sont d'une richesse incontestable pour le parti qui se doit à tous les niveaux de les aider à accomplir leurs tâches de plus en plus délicates, en apportant un soin particulier au fonctionnement de l'ADECR et à la formation par le CIDEFE. La mise en valeur de l'action des élus communistes doit également être prise en compte, ainsi que leur association à la vie du parti.
Pour autant, il faut éviter les dérives que parfois nous rencontrons: la notoriété des élus communistes ne peut en aucun cas donner prétexte à une prise de pouvoir sur le parti qui doit préserver son autonomie vis à vis des institutions. Le respect des règles statutaires, qui permet de donner les moyens aux élus d'accomplir leur fonction sans tirer profit de leurs indemnités, est également un principe fondamental auquel personne ne peut déroger.
Quant à la presse du parti, elle doit informer mais aussi aider à l'action militante. Elle doit redevenir la tribune des luttes et de nos idéaux révolutionnaires. La pseudo-indépendance de "l'Humanité" est un fiasco et contribue au déclin de notre parti qui doit avoir la maîtrise politique de sa presse. Il est plus que temps d'arrêter de sous-estimer le rôle manipulateur des médias dans leur caricature de notre politique, de l'évolution de la société et du monde.
C'est sur ce terrain de l'action que le PCF retrouvera sa raison d'être et pourra retrouver son identité. Ainsi pourront être surmontées les divisions actuelles et le PCF pourra retrouver la fraternité militante qui est au coeur de notre idéal.
Conclusion
Les statuts permettent de présenter un projet alternatif à la base commune qui sera proposé par le Comité National. La fédération du PdeC qui déjà au 30ème congrès avait édité un texte "changer de cap" considérant que la ligne de la mutation était suicidaire, se devait, après le séisme du 21 avril, de faire connaître ses réflexions trop souvent caricaturées.
"Le PCF est à la croisée des chemins. Ou bien il s'engloutit dans le marécage pseudo moderne de la social-démocratie et tôt ou tard il disparaîtra comme ce fut le cas dans de nombreux autres pays, ou bien il fait preuve de son utilité en se modernisant sur des bases révolutionnaires", disions-nous dans "changer de cap".
Aux communistes d'agir sur le 32ème congrès, le temps est maintenant compté.
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